Parashat mishpatim – פרשת משפטים

בס”ד

Parashat mishpatim – פרשת משפטים
Shémot chapitres 21 a 24

 

Mishpatim contient un important dispositif de lois, destinées à gérer essentiellement les relations de l’homme avec son prochain, et à établir une société fondée sur le droit.

Le fait qu’elles soient édictées par Dieu ne diminuerait d’ailleurs en rien leur pertinence dans une société laïque.

Les lois de Mishpatim sont énoncées dans un style concis, et demandent à être détaillées dans leurs modalités d’application. C’est ce travail qu’accomplira la loi orale תורה שבעל פה   à travers les traités de la Mishna et de la Guémara, travail poursuivi au cours des siècles par les Maitres d’Israël.

Après une phrase d’introduction, notre parasha aborde la question du « serviteur hébreu », du עבד עברי .

Le terme “Eved” fait évidemment référence à “l’esclave”.

Selon Rashi, il s’agirait d’une personne qui ayant volé, ou ayant contracté une dette, n’est pas en mesure de rembourser.

Dans le cas du voleur, il est « vendu » par le Bet-Din, alors que le débiteur « se vend » volontairement pour s’acquitter de sa dette.

Mais voyons les deux versets qui nous intéressent dans le cadre de ce Dvar-Tora.

2/ כי תקנה עבד עברי שש שנים יעבוד ובשביעית יצא לחפשי חנם

« Si tu acquiers un serviteur hébreu, pendant six ans il travaillera, et la septième année il sortira gratuitement ».

La langue hébraïque permettrait de traduire « Eved Ivri » soit par un « serviteur qui est hébreu », soit par « le serviteur (ou l’esclave) » non-juif d’un Ivri, hypothèse qui est d’emblée rejetée par Rashi, qui soutient qu’il est bien question d’un « Ivri ».

Pour sa démonstration, Rashi utilise un des treize modes d’interprétation de la Tora de Rabbi Ishmaël, appelé « gzéra shava », et rapproche notre verset d’un autre, situé dans Dévarim 15/12 :

כי ימכר לך אחיך העברי….. ועבדך שש שנים….

“Si ton frère l’hébreu t’est vendu….il te servira six ans….”

Il s’agit donc bien pour Rashi de « ton frère hébreu ».

Notre verset indique que ce serviteur travaillera six ans, et s’en ira librement la septième année. Mais que se passera-t-il s’il s’attachait à la maison de son maitre, et refusait de s’en aller ?

Cela nous mène au verset 6 :

והגישו אדניו…… אל הדלת או אל המזוזה ורצע אדניו את אזנו במרצע ועבדו לעלם

« Son maitre…le fera approcher près de la porte ou du poteau, et son maitre lui percera l’oreille avec un poinçon, et il le servira pour toujours ».

Le satatut du Eved Ivri

Le vol est un acte grave qui porte atteinte à la structure et aux valeurs de la société, et au droit fondamental de la personne sur ses biens.

Généralement, le voleur est sujet à la réprobation et au déshonneur, sans parler des sanctions pénales qui incluent la privation de liberté.

La Tora aborde autrement question du Eved Ivri.

Une fois que le voleur a effectué le paiement du double de la somme volée –תשלום כפל– les compteurs sont « remis à zéro ».

Dans le cas ou il ne peut s’acquitter de ce paiement, il est vendu et devient Eved Ivri.

Bien sur, son maitre peut le marier à une servante, et garder les enfants issus de cette union à sa libération.

Mais globalement, le Eved Ivri est comparable à un employé bénéficiant de droits et de protections particuliers.

C’est ce qui fait dire aux Hakhamim (Kidoushin 20/a) à propos du verset (Dévarim 15/16) :

« כי טוב לו עמך – car il est bien avec toi », insistant sur le « avec toi » :

עמך במאכל, ועמך במשתה. שלא תהא אתה אוכל פת נקי והוא אוכל פת קיבר. אתה שותה יין ישן והוא שותה יין חדש. אתה ישן על גבי מוכים והוא ישן על גבי התבן. מכאן אמרו: כל הקונה עבד עברי כקונה אדון לעצמו

« Car il est bien avec toi : avec toi dans le manger, avec toi dans le boire. Que tu ne manges pas du pain blanc alors que lui mange du pain sec, que tu ne boives pas du vin vieux alors que lui boit du vin nouveau, que tu ne dormes pas sur des peluches alors que lui dort sur la paille.

Ce qui fait dire aux sages : tout celui qui acquiert un Eved Ivri, un esclave hébreu, c’est comme s’il avait acquis un seigneur, un maitre sur lui ».

Le Kli Yakar (ouvrage de Rabbi Shlomo Ephrayim de Luntschiz, 1550-1616, contemporain du Maharal de Prague) propose quelques explications originales à nos deux versets.

Voici, en traduction libre, les termes du Kli Yakar :

« Notre parasha commence par les lois relatives à la libération du serviteur au terme de six ans, car les Commandement commencent par

« Je suis l’Eternel ton Dieu qui t’ai fait sortir d’Egypte, de la maison des esclaves », ce qui signifie que de même que tu fus esclave et que je t’ai libéré, tu proclameras libre l’esclave qui t’est vendu à cause de son vol. Car vous aussi avez esclave à cause du vol de Yossef par ses frères, après lequel vous êtes descendus en Egypte, la maison des esclaves.

Ainsi, vous renverrez libres vos esclaves.

Pourquoi le terme « hébreu » plutôt que « ton frère », ou « Israël » ?

(Pour le Kli Yakar, comme pour le Midrash, Abraham est appelé עברי-Hébreu, car ses ancêtres vivaient מעבר לנהר-de l’autre cote du fleuve). Là-bas, ils étaient idolâtres, et ont été appelés « Israël » après être entrés sous les ailes de la providence.

Le coupable, qui est vendu après avoir volé, est appelé « Hébreu », car il a emprunté les voies des ancêtres (idolâtres) d’Abraham.

Mais bien qu’il ait fauté, il reste « ton frère » (ce qui fait référence au verset de Dévarim cité plus haut « si ton frère hébreu t’est vendu…}

Le Kli Yakar fait sans doute également référence à l’expression (Sanhédrin 44a)

אף על פי שחטא – ישראל הוא 

« Bien qu’il ait fauté, Israël reste Israël »

Shabbat Shalom.

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