Parashat Térouma

בס”ד

Parashat Térouma – פרשת תרומה –Shémot chapitres 25 a 27

 

Notre parasha inaugure une série de cinq parashiot dédiées au Mishkan et à ses ustensiles, aux vêtements sacerdotaux, à la fonction des Kohanim et au service dans la Mishkan.

Exception faite de l’incident du veau d’or, le thème du Mishkan va s’étaler tout au long de Térouma, Tetsavé, une partie de Ki-Tissa, Vayak’hel et Pikoudei, ce qui est considérable du point de vue de la place occupée, mais se justifie par le rôle central qu’occupera le Mishkan dans le service divin.

Nous avons eu l’occasion d’expliquer précédemment le sens de « ויקחו-לי תרומה – ils me prendront un prélèvement, et de ועשו-לי מקדש ושכנתי בתוכם – ils me feront un sanctuaire et je demeurerai parmi eux – en eux « .

Je propose de réfléchir, avec le professeur Y. Leibowitz sur le principe-même de la fabrication du Mishkan, et sa localisation dans le récit de la Tora.

L’ordre d’ériger le Mishkan a-t-il précédé ou suivi le veau d’or ?

Cette question n’est pas anodine. Certains sages soutiennent l’idée selon laquelle le récit de la Tora n’est pas chronologique, selon le principe אין מוקדם ומאוחר בתורה.

Du coup, on est fondé à se demander si l’ordre d’ériger un sanctuaire aurait pour but la Kapara, le pardon de la faute du veau d’or, ou bien, que cela n’a rien à voir, qu’il s’agit d’une Mitsva qui a ses propres finalités.

Si l’on se tient à l’ordre du récit, comme l’expression de la chronologie des évènements, on en conclut que toutes les instructions relatives au Mishkan et à ses ustensiles, ont été données, à priori, pendant les quarante jours ou Moshé ne se trouvait pas avec les Bnei-Israël. Et on se heurte à quelques difficultés sur lesquelles nous reviendrons.

A l’appui de la thèse de la non-chronologie, Y. Leibowitz cite un verset ou il est dit à Israël   (fin de parashat Yitro, après la promulgation des dix Paroles) :

מזבח אדמה תעשה-לי וזבחתה עליו את-עלתיך ואת…

בכל המקום אשר אזכיר את-שמי אבוא אליך וברכתיך

« Tu feras pour moi un autel de terre et tu sacrifieras sur lui tes holocaustes….

En tout lieu ou je ferai invoquer mon nom, je viendrai à toi et te bénirai » (20/21).

Si l’on s’en tient au sens littéral du texte, aucun lieu précis n’a été désigné pour le service divin. De plus, à ce stade, on est encore loin du cérémonial complexe et somptueux du Mishkan. Il n’est question que d’un simple autel de terre, à élever en différents lieux ou « Hashem fera évoquer son nom ». Voyons comment Rabbeinou Ovadia Sforno aborde cette contradiction. Le Sforno soutient non seulement que les instructions relatives au Mishkan ont été données après la faute du veau d’or. Mieux : ces Mitsvot ont été données à Israël à cause de la faute du veau d’or.

En quelque sorte, dès le don de la Tora, lorsqu’Israël déclare « tout ce qu’a dit Hashem, nous l’exécuterons et nous l’écouterons – Naassé VéNishmaa », il n’y avait aucun besoin d’un rituel aussi élaboré. Un autel de terre suffisait.                                                                                                                     Ce n’est qu’après le veau d’or qu’il s’est avéré que le peuple ne serait capable d’accepter le service divin, que si celui-ci lui était présenté “enrobé” dans une forme liturgique et sensible, sans laquelle il risquait de déraper vers l’idolâtrie.

En quelque sorte, il s’agirait d’une “sublimation” des tendances idolâtres réapparues lors de la faute du veau d’or.

Midrash : l’étonnement de Moshé à propos de la fabrication du Mishkan

« Moshé a entendu directement de Dieu –מפי הגבורה– trois choses, et il fut effrayé…voici l’une d’elles : lorsque Dieu lui dit  «  ועשו-לי מקדש  – ils me feront un sanctuaire « il s’étonna et dit : Maitre du monde, il est écrit (Rois1/8-27) « Les cieux, et les cieux des cieux ne te contiendraient pas » et toi tu dis « ils me feront un sanctuaire » ?

  1. Leibowitz fait justement remarquer comment le Midrash met dans la bouche de Moshé, une citation du roi Salomon, datant de 500 ans après Moshé Rabbeinou et le Mishkan. Comme si le Midrash venait nous indiquer que le principe “il n’y a pas d’avant ni d’après dans la Tora” n’est pas à prendre dans le sens de la chronologie, mais dans le sens ou les contenus et les significations des textes, ne dépendent pas eux, de la chronologie. Ces paroles portent un sens qui dépasse la temporalité, et restent pertinentes en tous temps, y compris avant qu’elles n’aient été dites.

Un autre Midrash se réfère au début du même verset du roi Salomon (Rois 1/8-27) toujours cité par Moshé : « Est-ce que vraiment, Dieu habiterait sur la terre ? Les cieux et les cieux….(ci-dessus) ».

Le Midrash poursuit : Dieu répondit à Moshé : « ce n’est pas comme tu penses, mais (installez-moi) seulement 20 agrafes au nord, 20 au sud, et 8 à l’ouest, et je descendrai en réduisant ma présence en bas…dans une coudée sur une coudée ». Ce petit espace est celui du lieu, situé entre les « chérubins », ou Moshé venait entendre la parole divine (Bamidbar 7/89).

Ceci vient nous enseigner que l’homme peut servir Hashem sans considérations de dimensions spatiales, car qui veut servir réellement le Créateur se trouve dans la proximité de celui que « les cieux des cieux ne peuvent contenir ». Et à l’inverse, à celui qui n’a pas cette aspiration, même le ciel et la terre ne suffiraient pas.

Leibowitz conclut que le Mishkan n’a pas été érigé pour servir de demeure à Hashem, mais pour être celle des Bnei Israël qui acceptent la parole divine, et cette acceptation n’est conditionnée par aucune considération de dimensions.

Shabbat Shalom

 

 

 

 

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