Parashat Vayéra

בס”ד

Parashat Vayéra פרשת וירא
Beréshit chapitres 18 à 22

Souvenons-nous que la parasha précédente, Lekh-Lékha, s’achevait sur la Brit-Mila qu’Abraham, âgé de 99 ans, opéra sur lui-même, son fils Yishmaël, et tous les males de sa maison.

C’est là que commence notre parasha :

וירא אליו ה” באלוני ממרא, והוא ישב פתח האהל כחם היום

« l’Eternel lui apparut à Eilonei Mamrei, et lui est assis à l’entrée de la tente, alors que le jour est chaud ».

וישא עיניו וירא, והנה שלושה אנשים נצבים עליו, וירא וירץ לקראתם מפתח האהל, וישתחו ארצה

“Il leva les yeux et il vit, et voici trois hommes debout devant lui, et il vit et il courut au devant d’eux depuis l’entrée de la tente, et il se prosterna à terre”.

Nous connaissons la suite : l’annonce de la naissance prochaine d’un fils, la destruction annoncée de Sodome et Gomorrhe précédée du plaidoyer d’Abraham, le séjour mouvementé des deux Mal’akhim dans la ville dépravée, la fuite de Loth et sa famille, la relation incestueuse des filles de Loth avec leur père, le séjour d’Abraham et Sara chez Avimélekh, la naissance d’Yitshak, la Akéda d’Yitshak, etc…

Yitshak יצחק ou Rira bien qui rira le dernier

Le rire, le צחוק, est omniprésent dans l’histoire d’Yitshak, avant comme après sa naissance.

Son nom lui-même signifie « il rira ». Pourquoi ce nom ?

Quelle est la signification du צחוק, et quelle est son importance?

Quel enseignement pouvons-nous en tirer en tant que peuple, et en tant d’individus, dans notre vie spirituelle?

A la fin de Lekh-Lékha (17/16) lorsqu’Abraham concrétise par la circoncision, son alliance avec Dieu, le créateur lui annonce que son épouse lui donnera un fils.

Et voici la réaction d’Abraham (17/17) :

ויפל אברהם על פניו ויצחק ויאמר בלבו: הלבן מאה-שנה יולד ואים-שרה הבת-תשעים שנה תלד

“Abraham tomba sur sa face et rit, et il dit en son cœur : naitrait-il un fils à un centenaire ? et à quatre-vingt-dix ans, Sarah mettrait-elle au monde ? »

Hashem lui repond alors (17/19) :

ויאמר אלוקים: אבל שרה אשתך ילדת לך בן וקראת את שמו יצחק

“Le Seigneur dit: certes Sarah ton épouse, te donnera un fils, et tu le nommeras Yitshak.”

Le rire d’Abraham devient significatif, au point qu’Hashem ordonne de nommer son fils précisément ainsi.

Rashi explique sur-place que le rire d’Abraham est un rire de joie-השמח, tandis que le Ramban explique le sens de la joie exprimée par le צחוק-rire:

« De mon point de vue, tout celui qui voit se produire quelque chose de נפלא (de merveilleux, miraculeux ?) au profit d’une personne, se réjouit jusqu’à « remplir sa bouche de rire, de צחוק.

C’est ce que dit Sarah dans notre parasha au moment de la venue au monde de Yitshak (21/6) :

צחוק עשה לי אלוקים כל השמע יצחק לי

« Dieu m’a donne une félicité, quiconque l’apprendra me félicitera ». Il est remarquable que E. Munk (la voix de la Torah) ait donné à sa traduction du צחוק cette connotation positive.

On retrouve cette notion de שמחה =צחוק dans le psaume 126/2 :

אז ימלא שחוק פינו ולשננו רנה « alors notre bouche sera remplie de rire-joie, et notre langue de chant ».

« C’est ce qu’a fait Abraham quand cette naissance lui fut annoncée, il se réjouit et « remplit sa bouche de joie », et il pensa que celà méritait le rire, s’agissant d’un événement miraculeux : un centenaire procréerait, et Sarah âgée de 90 ans mettrait au monde, et cela n’inspirerait pas du rire et de la joie ? » ( fin du Ramban).

En fait, le rire en question est provoqué par l’apparition d’un événement, d’un phénomène non-naturel, irrationnel, opposé à l’ordre établi des choses. C’est ce qu’écrit le Malbim :

« Tu le nommeras Yitshak à cause du rire-צחוק car il viendra au monde dans un processus surnaturel, et ce que je veux, c’est « qu’ils rient tous », et qu’ils s’émerveillent de sa naissance. En d’autres termes, tout le monde s’est réjoui sans limite de ce qu’Hashem a fait ».

Ce point de vue nous apporte un éclairage différent sur le dialogue entre le Mal’akh (l’ange) et Sarah, après qu’elle ait entendu l’annonce de sa grossesse prochaine (18/12..):

ותצחק שרה בקרבה לאמר: אחרי בלתי היתה לי עדנה ואדוני זקן

« Sarah rit en elle-même en disant : après être flétrie, aurais-je encore cette force ? et mon époux est un vieillard».

ויאמר ה” אל לאברהם: למה זה צחקה שרה לאמר: האף אמנם אלד ואני זקנתי. היפלא מה” דבר.

« Le Seigneur dit a Abraham : pourquoi Sarah a-t-elle rit, disant : eh quoi, en vérité, j’enfanterais, alors que je suis vieille. Y a-t-il rien qui soit difficile au Seigneur ?»

למועד אשוב אליך כעט חיה ולשרה בן « Au temps fixé », à pareille époque, je reviendrai vers toi, et Sarah aura un fils ».

ותכחש שרה לאמר לא צחקתי כי יראה. ויאמר לא כי צחקת

« Sarah nia en disant : je n’ai point ri, car elle craignait. Il répondit : non pas, tu as ri ».

Rashi établit une distinction entre le rire d’Abraham, qui était un rire de joie, et celui de Sarah, qui manifestait plutôt un manque d’Emouna, de foi.

Ceci s’explique – peut-être – par le fait qu’Abraham a reçu l’annonce directement d’Hashem, alors que Sarah l’a entendue –croit-elle- de trois voyageurs ishmaélites, et l’a reçue comme une sorte de plaisanterie.

Le dénominateur commun à ces deux réactions, est qu’il s’agit de quelque chose d’illogique, qui dépasse l’entendement, et qui pourrait prêter à rire, quelque chose de מצחיק.

La réponse adressée par Hashem é Sarah « tu as ri « ne doit pas être prise comme un reproche, mais comme voulant dire « il s’agit effectivement d’un événement miraculeux et heureux ».

Hashem a decidé que la venue au monde de notre deuxième patriarche, se produirait de façon inhabituelle et miraculeuse, pouvant prêter a rire. Ce choix est tellement essentiel, significatif, qu’il va s’inscrire dans son nom : Yitshak.

Le rav Shimshon-Raphael Hirsch (Allemagne 19è) y voit le secret de l’existence du peuple juif au cours des générations :

« Les prémices du peuple juif relèvent du ridicule, de l’absurde מגוחך ; ses engendrements, ses espoirs, son existence sont illogiques et irrationnels….

Mais le judaïsme considère que Dieu intervient dans l’histoire du monde qu’il a créé. Il fallait que nos ancêtres intègrent cette idée, et la transmettent à leurs descendants. C’est pourquoi le Saint béni soit-il a attendu que nos ancêtres arrivent à un âge מגוחך pour mettre au monde nos patriarches. Dieu a réalisé ses promesses, lorsque tout espoir logique fut épuisé.

Dieu voulait créer un peuple qui soit « le doigt de Dieu au sein de l’humanit2. Ce peuple devra tout au long de son existence, durer, envers et contre toutes les forces agissant dans l’histoire.

Et jusqu’à nos jours, il est מגוחך aux yeux de ceux qui rejettent cette conception. Le צחוק qui résonne aux oreilles du Juif au cours de sa marche dans l’histoire, est précisément le témoignage de l’authenticité divine de sa démarche דרכו האלוהית. » (Fin de S.R.Hirsch)

Le peuple d’Israël est un peuple מצחיק, dans le sens ou il n’entre pas dans les catégories préétablies de ce monde, ou son existence est incompréhensible au regard des lois de la nature, et ou précisément, il porte la trace du « doigt divin ».

Le צחוק a deux facettes.

Il arrive qu’au regard de situations miraculeuses, on ait un élan de foi, de Emouna. Lorsqu’on observe l’histoire du peuple juif, confronté à des forces puissantes – physiques et spirituelles- et sa capacité à y survivre, et pour les générations récentes, le retour sur la terre d’Israël conforme aux promesses millénaires, on ne peut retenir son צחוק:

אז ימלא שחוק פינו ולשוננו רינה « Alors notre bouche sera remplie de rire, et notre langue de chant »

אז יאמרו בגוים הגדיל ה´לעשות עם אלה « Alors ils diront parmi les nations, l’Eternel a multiplié ( les merveilles) pour les accomplir avec ceux-là (Ps. 126).

Cependant, le צחוק peut exprimer le rire des moqueurs, de ceux qui, voyant l’attachement des Juifs à leur Tradition, tournent en dérision leur foi naïve et sincère.

Le rav Hirsh souligne que dès la naissance d’Yitshak, nous avons été « vaccinés » contre cette dérision :

אין הוא פוגע בו שכן הוא מוכן מראש לצחוק הזה

« il ne l’atteint pas, car des les origines, il est préparé à ce צחוק ».

Ceci est lié à la Mida, la dimension d’Yitshak, la crainte-יראה.

Comment le rire-צחוק (son nom) , et la crainte-יראה-גבורה (sa mida), deux dimensions à priori inconciliables, sont-ils liés en lui ?

La crainte-יראה implique une disposition à faire ce que nous devons faire, à être ce que nous sommes, malgré le regard ironique, le צחוק des autres.

Cette capacité comporte en elle-même un צחוק, Yitshak signifiant « il rira », ce qui va dans le sens de la maxime populaire « rira bien qui rira le dernier ».

Le nom de Yitshak est au futur ; il nous indique que tous les défis, toutes les difficultés disparaitront un jour, et deviendront un objet de rire, un צחוק.

Shabbat Shalom

Ce Dvar Torah est inspiré d’un texte du rav Yair Frank (Kipa).

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