Parashat Shémot

בס”ד

Parashat Shémot  פרשת שמות
Houmash Shémot chapitres 1 à 5

 On se souvient que la parasha précédente, Vayéhi, s’achevait sur la mort de Yossef, dont le corps fut embaumé et placé dans un coffre resté en Egypte en attendant que « Hashem se souvienne de vous »  פקוד יפקוד אתכם אלהים

Les années passent, le peuple se développe, et arrive sur le trône égyptien « un nouveau roi qui n’a pas connu Yossef ». Aux Bnei Israël devenus trop nombreux et trop dangereux à son gré, il impose une limitation des naissances, en faisant jeter au Nil les nouveau-nés males, et en laissant vivre les filles.

C’est dans ce contexte que…

וילך איש מבית לוי ויקח את בת לוי

« Un homme de la maison de Lévi alla, et prit (pour épouse) une fille de Lévi » (2/1)

On remarquera à quel point le texte « brille » par l’imprécision. Qui sont cet homme et cette fille de Levi ?

Néanmoins, nos personnages continuent d’avancer « masqués » :

ותהר האשה ותלד בן …

« La femme conçut, et enfanta un fils… » (2/2)

Et, étonnamment, au lieu de lui donner un nom comme nous y ont habituées toutes les mères qui l’ont précédée dans la Tora, elle prend les précautions dictées par la sécurité de l’enfant, elle le cache trois mois, puis le dépose dans une boite en osier et le met sur le fleuve.

La « sœur » de l’enfant se cache pour surveiller le berceau flottant.

La fille de Pharaon –comment se nomme-t-elle au fait?- l’aperçoit, le recueille, le confie à une « nourrice » proposée par la « sœur », nourrice qui n’est autre que « la mère » de l’enfant, qui n’a toujours pas de prénom.

Lorsque l’enfant devint grand, la mère de l’enfant « le remit à la fille de Pharaon, et il devint son fils »…

 

ותקרא שמו משה ותאמר בי מן-המים משיתהו

“Et elle appela son nom Moshé, et elle dit « car de l’eau je l’ai tiré. » (2/10)

Enfin, un nom. Attribué par la fille de Pharaon. S’agit-il d’un nom égyptien, ou, comme l’affirment certains Hakhamim, eut-elle à cet instant, une soudaine et miraculeuse révélation ?

Il y a en tous cas une distorsion entre l’explication du nom –Méshitihou-Je l’ai tiré,  et le nom lui-même –Moshé – qui signifie plutôt « celui qui tire », ou « celui qui tirera ».

Problème d’identité

Cette première lecture donne le sentiment d’un problème d’identité.

L’homme et la fille de Lévi, sont-ils les parents d’un Hébreu, ou d’un prince égyptien ? Que deviendra l’enfant Moshé ? Vers quelle identité se tournera-t-il ?

Qui est son peuple ? Qui sont ses frères ? Les Egyptiens, dont il sera un jour le roi ? Ou les Hébreux dont il semble très loin?

ויהי בימים ההם ויגדל משה ויצא אל אחיו וירא בסבלתם וירא אש מצרי מכה אש-עברי מאחיו

« Or en ce temps-là, Moise grandit, il sortit vers ses frères et vit leurs lourdes peines, et il vit un homme égyptien frappant un homme hébreu, un de ses frères. » (2/11)

La Tora semble nous indiquer que Moshé a enfin « choisi son camp », celui des faibles, des persecutés.

Lors de sa seconde sortie, Moshe intervient pour séparer deux hommes hébreux qui se disputaient. Il admoneste le plus agressif des deux qui lui répond…

מי שמך לאיש שר ושפט עלינו הלהרגני אתה אמר כאשר הרגת את-המצרי

ויירא משה ויאמר אכן נדע הדבר

“Qui t’a place comme seigneur juge sur nous? Est-ce pour me tuer que tu parles, comme tu as tué l’Egyptien ? Moshé fut pris de peur et se dit : certes, la chose est connue. »

Recherché par Pharaon, Moshé se sauve alors au pays de Midyan.  A nouveau, Moshé, défenseur des faibles prend la défense des filles de Yitro, qui deviendra son beau-père.

Voici quelques un des innombrables midrashim, qui viennent éclairer cette partie de notre parasha.

ותקרא שמו משה – Et elle appela son nom Moshé

Ibn Ezra:

שם משה מתורגם מלשון מצרים בלשון הקדש. ושמו בלשון מצרים היה מוניוס. וכך כתוב בספר “עבודת האדמה” הנעתק מלשון מצרים אל לשון קדרים. גם כך בספרי חכמי יוון. אולי למדה בת פרעה לשוננו או שאלה?

“Le nom Moshé est traduit de l’Egyptien à l’Hébreu. Son nom égyptien était Monyous. C’est écrit ainsi dans le livre « le travail de la terre » traduit de l’Egyptien à la langue des Kadars, ainsi que dans les livres de sagesse grecque. Peut-être la fille de Pharaon a-t-elle appris notre langue ou a-t-elle demandé ? »

ויגדל משה ויצא אל אחיו… – Moshé grandit et sortit vers ses frères

Ramban- Nahmanide:

טעם “ויצא אל אחיו” כי הגידו-לו אשר הוא יהודי. והיה חפץ לראותם בעבור שהם אחיו. והנה נסתכל בסבלותם ועמלם ולא יכול לסבול ולכן הרג המצרי המכה הנלחץ

« La raison pour laquelle “il sortit vers ses frères”, est qu’on lui a dit qu’il était Hébreu. Et il désirait les voir car ils étaient ses frères. Et voici qu’il a vu leur peine et leur labeur, et ne put supporter. Il tua donc l’Egyptien qui frappait et opprimait… »

Ibn Ezra:

ויצא אל אחיו המצרים כי בארמון-המלך היה. וטעם “מאחיו” אחר הזכיר” עברי” ממשפחתו

« Il sortit vers ses frères égyptiens, car il vivait au palais royal. A la fin, il est dit « un homme hébreu de ses frères » c’est-à-dire « un Hébreu de sa famille. »

ויירא משה (ויאמר) – Moshé prit peur

Rashi:

כפשוטו. ומדרשו: דאג לו על שראה בישראל רשעים דלטורין אמר מעתה שמא אינם ראויין להיגאל

“A expliquer selon le sens simple. Midrash : Il était dans l’angoisse de voir en Israël des « méchants », des délateurs. Alors, se disait-il, peut-être ne méritent-ils pas d’être délivrés.

אכן נודע הדבר – Certes, la chose est connue

Rashi :

כמשמעו. ומדרשו: נודע לי הדבר שהיתי תמה עליו. מה חטאו ישראל מכל שבעים באומות להיות נרדים בעבודת פרך, אבל רואה אני שהם ראויים לכך

« Selon son sens littéral. Midrash: Maintenant s’éclaire pour moi le problème qui me tourmentait: en quoi Israël a-t-il fauté plus que toutes les soixante-dix nations et qui lui vaut d’être écrasé sous une cruelle servitude? Mais je vois qu’il le mérite.»

On le voit, l’histoire de la vie de Moshe Rabbeinou est étonnante.

A la question de savoir pourquoi le futur sauveur d’Israël – מושיע ישראל a grandi précisément dans la maison de Pharaon, rabbi Abraham Ibn Ezra propose l’intéressante explication que voici :

Apres avoir rappelé qu’Hashem dirige l’histoire, Ibn Ezra avance cette hypothèse :

אולי סבב ה” זה שיגדל משה בבית המלכות להיות נפשו על מדרגה העליונה בדרך הלימוד והרגילות ולא תהיה שפלה ורגילה להיות בבית עבדים…

«  Peut-être Hashem a-t-il fait en sorte que Moshé grandisse au palais royal, pour que son esprit soit au plus haut niveau, dans les domaines de l’étude et du comportement, et qu’il ne soit pas abaissé par l’habitude d’être dans une maison d’esclaves… »

Pour preuve de cette élévation d’esprit, Ibn Ezra cite les interventions de Moshé face à la violence de l’Egyptien, la querelle entre les deux Hébreux, ou encore pour sauver les filles de Yitro. Il poursuit sa démonstration en ajoutant un second argument :

ועוד דבר אחר. כי אלו היה גדל בן אחיו ויכירוהו מנעוריו לא היו יראים ממנו כי יחשבוהו כאחד מהם.

“Autre chose: car s’il avait grandi parmi ses frères, qui l’auraient connu depuis sa jeunesse, ils ne l’auraient pas craint (respecté), car ils l’auraient considéré comme l’un des leurs.”

Moshé n’a pas grandi au sein de son peuple, mais chez l’oppresseur de son peuple, au plus haut de l’échelle sociale, et ce, jusqu’à ce qu’il découvre son peuple.

L’analyse « psychosociologique » d’Ibn Ezra met l’accent sur les deux facteurs qui ont contribué à placer Moshé au niveau de la mission à laquelle il était destiné :

-Qu’il ne grandisse pas dans l’esclavage

-La qualité du peuple qu’il aura à diriger et qui l’oblige à un certain recul.

Ibn Ezra met l’accent sur le fait qu’avant même que Dieu se soit révélé à Moshé au buisson ardent, et lui ait confié la mission de libérer Israël, il a déjà prouvé sa capacité de dirigeant, ce qui ne peut être expliqué que par les conditions dans lesquelles il a grandi et a été éduqué.

Le jeune Moshé qui ne sait rien d’Israël, sort et voit des policiers et des gardiens frappant des hommes gémissant sous leur labeur, se révèle en tant que combattant contre la violence et l’injustice, avant même qu’il ait été investi de sa mission prophétique.

 

Shabbat Shalom.

 

La dernière partie est inspirée d’un commentaire du

Professeur Yeshyahou Leibowicz

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