Parashiot Tazria Metsoraa

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בס”ד

Parashiot Tazria Metsoraa – פרשיות תזריע מצורע
Vayikra chapitres 12 à 15

 

Les commentateurs s’interrogent régulièrement sur ce qui motive la position d’une parasha par rapport à celle qui la précède, ou à celle qui la suit, et essaient de dégager de cette “Smikhout-proximité” une chronologie, ou une logique.

Dans le cours qui suit, le Rav Kahan va nous mener de Shémini, à Aharei-Mot, en passant par Tazria et Métsora, à la recherche de cette logique.

Munissez vous donc du Houmash Vayikra Hébreu-Français, et bonne étude !

Les années “normales”, non-bissextiles, non pourvues d’un second mois d’Adar, certaines parashiot sont jumelées. C’est le cas de Tazria-Metsoraa, ou de Aharei Mot-Kédoshim.

En plus des contraintes de calendrier, ces deux parashiot ont en commun un thème dominant : l’impureté produite, notamment –mais pas seulement- par la « lèpre », la Tsaraat ». Celle-ci rend impurs les personnes, les vêtements et les maisons, sur décision du Kohen, du prêtre.

Nos deux parashiot décrivent les différentes sortes de plaies, et la procédure qui permet de s’en purifier.

Tazria suit la parasha Shemini, consacrée au « huitième jour », celui de l’inauguration du Mishkan qui s’est achevée par la mort tragique des deux fils d’Aharon, Nadav et Avihou.

Apres Metsoraa, la parasha Aharei Mot s’ouvre sur le rituel de Yom Kippour, à la suite de la mort des deux fils d’Aharon…

וידבר ה” אל משה אחרי מות שני בני אהרן בקרבתם לפני ה” וימותו…

« Hashem parla à Moshé après la mort des deux fils d’Aharon, qui s’étant avancés devant Hashem, avaient péri… » (Vayikra 16/1)

…דבר אל אהרן אחיך ואל יבא בכל עת אל הקדש מבית לפרוכת אל פני הכפורת אשר על הארון ולא ימות…

« Parle à Aharon ton frère, qu’il n’entre pas à toute heure dans le sanctuaire, dans l’enceinte du voile….afin qu’il ne meure pas… » (id. 16/2)

Par cette introduction, la Tora établit un lien le Service de Yom kippour, et la mort des deux fils d’Aharon.

A priori, la Tora évoque la mort des fils d’Aharon en introduction au Service de Yom Kippour, car celui-ci fut justement institué en réaction à cette tragedie. Ceux-ci sont morts en présentant « un feu étranger, que Dieu n’ordonna pas ». C’est pourquoi Aharon est averti de ne se  présenter dans le sanctuaire, que dans certaines conditions, dans le cadre du Service de Yom Kippour.

Cependant, si vraiment le Service de Kippour est une réparation, un Tikoun de la faute des fils d’Aharon, on est en droit de se demander pourquoi il ne figure pas dans le texte, immédiatement après la tragédie, plutôt que plusieurs chapitres plus tard ?

Entre cet événement dans Shémini, et le Service de Yom Kippour dans Aharei Mot, nos deux parashiot abordent un certain nombre de sujets tels que les animaux interdits à la consommation, l’impureté de la femme qui met un enfant au monde, les impuretés de la lèpre- Tsaraat, ou des écoulements involontaires.

Comment comprendre que tous ces sujets, certes importants, fassent écran –à première vue-entre la mort des fils dAharon dans Shémini, et son rappel dans Aharei Mot ?

Le texte qui suit la mort des fils d’Aharon, dans Shémini, qui est consacré aux animaux purs et impurs, nous révèle qu’il y a un dénominateur commun à toutes les parashiot qui séparent cet événement, de son rappel dans Aharei Mot. Quel est-il ?

Comparons (rapidement) le texte de Shémini consacré aux animaux interdits ou permis, à son « homonyme » dans Dévarim.

Le texte de Dévarim reprend dans des termes quasiment identiques à ceux de Shémini, les lois relatives aux nourritures interdites, détaillant les signes qui permettent de distinguer entre les animaux, les volatiles et les poissons, ceux qui sont purs, et ceux qui ne le sont pas, et en redonne la liste.

Mais là s’arrête la comparaison.

Alors que le texte de Dévarim en reste là, celui de Shémini continue en mettant en garde contre l’impureté découlant du contact avec des cadavres, et de la nourriture…

 …לכל הבהמה אשר היא מפרסת פרסה ושסע איננה שסעת וגרה איננה מעלה טמאים הם לכם.

« Tout quadrupède qui a le sabot divisé mais non fourchu, ou qui ne rumine point, ceux-là sont impurs pour vous… » (Vayikra 11/26)

« ne vous rendez pas vous-mêmes immondes, par toutes ces créatures rampantes, ne vous rendez pas impurs par elles, vous en contracteriez l’impureté. » Id. 11/43)

Il s’avère que le texte de Vayikra, par comparaison à celui de Dévarim, est fondamentalement centré sur le thème de l’impureté, et s’intègre parfaitement aux textes qui le suivent.

En d’autres termes, un seul et même thème domine l’ensemble du texte situé entre la mort des fils d’Aharon dans Shémini, et son rappel dans Aharei Mot, celui de l’impureté.

Reste à comprendre  quel rapport il y a, entre ce long développement sur la Toum’a, l’impureté, et la mort de Nadav et Avihou ?

Petit détour par la Haftara de Shémini

Ce texte est tiré du livre de Samuel 2/6. Le roi David, accompagné de dignitaires formant une suite de trente mille hommes, se rend à Baalei-Yéhouda, pour ramener l’Arche Sainte à Jérusalem. L’Arche est placée sur un chariot neuf, conduit par Ouza et Ahyo, les fils d’Aminadav. Ahyo marchait devant, tandis qu’Ouza marchait à coté de l’Arche.

L’atmosphère était à la liesse…

ודוד וכל בית ישראל משחקים לפני ה” בכל עצי ברושים ובכינרות ובנבלים ובתופים …

« David et toute la maison d’Israël jouaient devant l’Eternel de toutes sortes d’instruments en bois de cyprès, de harpes, de luths, de tambourins… »

Voyant les bœufs glisser, Ouza envoya la main vers l’Arche pour l’empêcher de tomber. La colère divine s’enflamma contre lui, et il mourut sur place, ce qui désola David.

Le lieu et l’événement prirent le nom de פרץ עוזה – Perets-Ouza.

En raison de cet événement, l’Arche resta bloquée dans la propriété d’Oved-Edom, pendant trois mois.

Lorsque David revint pour transporter l’Arche, le cortège se mit à nouveau en route…

וילך דוד ויעל את ארון האלקים מבית עבד-אדום עיר דוד בשמחה

« …David vint pour transporter l’Arche de Dieu de la maison d’Oved-Edom, dans la cité de David, dans la joie. »

A première vue, il semblerait que l’incident qui a conduit à la mort d’Ouza, proviendrait d’un « pépin » tout à fait limité : Ouza a cru que l’Arche allait tomber, et a tenté de la retenir en tendant le bras.

Mais si telle était la nature de l’événement, le remise en route de l’Arche aurait du s’effectuer, et être relatée, sans changement, par rapport à la première étape.

Or, une lecture attentive des deux versets ci-dessus, relatant l’atmosphère régnant dans chacune des deux parties du trajet, montre une différence fondamentale.

La première est celle d’une joie à la limite de la vulgarité, notamment à cause de l’expression Messahakim.

Alors que lors du transport de chez Oved-Edom à Ir David, il y a aussi de la joie, appelée cette fois Simha, mais l’ambiance est plus sérieuse, plus solennelle, et tous les six pas, un sacrifice est offert, on sonne du shofar… on est loin du שחוק qui a précédé la mort  d’Ouza.

Celle-ci n’était pas la conséquence d’une banale erreur. David a compris que l’atmosphère dans laquelle fut effectuée la première tentative de transport, était entachée de légèreté, de manque de distance révérencielle. Il a aussi réalisé qu’en faisant transporter l’Arche sur un chariot, une grave erreur avait été commise, alors qu’il est écrit a propos du tranport de l’Arche…

כי עבודת הקודש עליהם בכתף ישאו

“…Car ils (les enfants de Kéhat) devaient porter les objets sacrés sur l’épaule.”                        (Bamidbar 7/9)

Péretz-Ouza fut précèdé d’une explosion tout à la fois émotionnelle et spirituelle : voici qu’ après une période d’éloignement par rapport à l’Arche, il était à nouveau possible de s’en rapprocher. Ils pensaient que pour l’homme, créé à l’image de Dieu, le retour vers la Présence Divine, justifiait un « raccourci ».

Dans une sorte d’ivresse sacrée, ils ont cru que l’homme habité par l’amour de Dieu, pouvait abolir la distance. Un désir de « fusion », source de « confusion » selon le mot du Grand Rabbin Sitruk (zal).

De nombreux textes mettent en garde contre ce désir de « coller » à Dieu, et insistent sur la nécessaire distance.

La joie, mais dans le « tremblement »…

עבדו את ה” ביראה, וגילו ברעדה

“Servez Dieu avec crainte, et réjouissez-vous avec tremblement” (Psaune 2/11)

Nadav et Avihou

La plupart des commentaires s’accordent à expliquer la mort des deux fils d’Aharon, par une attitude « d’arrogance sacrée ».

Dès leur jeune âge, ils avaient eu le privilège de « voir le Dieu d’Israël » en compagnie des anciens…

ויעל משה ואהרן נדב ואביהו ושבעים מזקני ישראל. ויראו את אלוקי ישראל

« Moshé et Aharon montèrent (sur le Mont Sinaï) accompagnés de Nadav, Avihou et des soixante-dix anciens d’Israël. Ils virent le Dieu d’Israël. » (Shémot 24/9-10)

ואל אצילי בני יאראל לא שלח ידו ויחזו את האלוקים ויאכלו וישתו

“ Et sur les nobles parmi les enfants d’Israël, il ne porta pas sa main. Ils contemplèrent Dieu et ils mangèrent et burent. » (Id. 11)

Selon Rashi « ils le regardaient avec une audace qui leur venait d’avoir mangé et bu ».

Les sages ont lié cet événement, à la mort de Nadav et Avihou.

« Et sur les nobles….il ne porta pas sa main…Rabi Pinhas dit : de là on apprend qu’il y avait lieu  que la main de Dieu leur soit portée…Celà nous apprend qu’ils ont nourri leurs yeux de la Shékhina, « ils ont contemplé Dieu comme un homme qui regarde son ami, pendant un repas… » ( Midrash Vayikra Rabba 20/10)                                                     

D’autres textes présentent Nadav et Avihou comme deux jeunes effrontés, ou ambitieux, attendant avec impatience de pouvoir remplir les fonctions de leurs ainés.

Cependant, Il est possible que leurs motivations soient désintéressées (LeShem Shamayim), Moshé ne les a-t-il pas appelés קרובי ה” « proches de Dieu » ? (Vayikra 10/3).

Quand au Natsiv de Volojin, il explique que le « feu étranger » est l’expression de « l’amour enflammé d’Hashem ». Celui-ci est cher aux yeux de Dieu, mais pas de la façon dont il s’est exprimé.

D’une certaine façon, Ouza, fils d’Aminadav, est le fils spirituel de Nadav et Avihou.

A ce stade de la réflexion, revenons à l’ordre des premières parashiot du sefer Vayikra.

Il commence par l’appel de Dieu à Moshé, à partir de la Tente d’Assignation (Ohel Moed), et poursuit avec les différents sacrifices. Puis la Torah relate les sept jours de Milouyim, « d’entrainement » des Kohanim à leur future fonction, qui entrera en vigueur le huitième jour ביום השמיני ou Dieu se révélera.

L’objet essentiel de Vayikra, jusqu’à cette révélation, est la possibilité pour l’homme, de se rapprocher de Dieu. C’est le premier volet du vécu spirituel et religieux. Et voila qu’au moment crucial, lorsque « sort un feu de devant Hashem, qui consume sur l’autel » les sacrifices aux yeux du peuple, se produit l’inattendu : les deux fils d’Aharon entrent dans le sanctuaire sans en avoir reçu l’ordre, et meurent.

On comprend que, dorénavant, l’accès au sanctuaire est régi par des lois. N’y sert pas qui veut. La révélation divine ne va pas de soi.

Le second volet de l’aventure religieuse, découle des parashiot sur l’impureté. Elles nous éclairent sur l’abime qui sépare la condition humaine de la réalité divine. L’impureté est inséparable de la condition humaine. Elle se manifeste aussi bien à la naissance de l’homme, qu’à sa mort, dans ce qu’il consomme, et dans sa vie familiale.

Compte tenu de cet état, l’homme ne pourrait pas se présenter devant Dieu, sans les règles de purification transmises par la Tora.

C’est là qu’intervient le texte relatif au service de Yom Kippour, dans Aharei-Mot. Aharon y est prévenu de ne pas venir à tout moment au Kodesh, mais seulement dans la fumée des encens (Kétoret) pendant le service de Yom Kippour.

Si l’objet du Mishkan et de ses ustensiles, est la révélation de la Présence Divine au sein du peuple d’Israël, l’autel d’or sur lequel sont brulés les Kétoret, exprime lui, la distance abyssale qui sépare la Présence et Israël.

L’ordre de fabrication de cet autel des parfums, n’a été donné qu’après l’ordre concernant la construction du Mishkan et de ses ustensiles. La Présence Divine ne se manifestera que derrière l’écran de fumée des Kétoret.

En conclusion, rappelons que l’expérience religieuse est « tiraillée » entre deux aspects :

D’une part…

צמאה נפשי לאלוקים לא-ל חי – Mon âme a soif du Dieu vivant.

Et de l’autre…

כי לא יראני האדם וחי – Car l’homme ne peut me voir, et vivre. (Shémot 33/20)

Ce n’est qu’après avoir compris le message des parashiot sur l’impureté, et l’erreur des fils d’Aharon ; après qu’on ait perçu les deux aspects de l’expérience religieuse ;

Alors seulement, la Tora peut repréciser les règles d’accès au Sanctuaire מבית לפרוכת – dans l’enceinte du voile…

כי בענן אראה על-הכפורת – Car je me manifesterai dans un nuage au dessus du propitiatoire

בזאת יבוא אהרן אל הקדש  – Avec celà Aharon entrera dans le Sanctuaire (Vayikra 16/3)

Après qu’il soit clair que l’entrée dans le Sanctuaire n’est pas possible à tout moment, il est annoncé que malgré tout, « je me manifesterai «  mais seulement dans un nuage de fumée.

Shabbat Shalom

Traduit, adapté, d’un texte du Rav Yair Kahan

 

 

 

 

 

 

 

 

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