Parashat Béhaalotékha (Charles)

בס”ד

Parashat Béhaalotékha 
פרשת בהעלותך

Bamidbar chapitres 8 à 12

 

Suite à l’inaugutation du Mishkan relatée à la fin de la parasha Nasso, notre parasha commence par l’ordre donné à Aharon par l’intermédiaire de Moshé, de procéder à l’allumage de la Ménora…

דבר אל אהרן ואמרת אליו בהעלתך את הנרות אל מול פני המנורה יאירו שבעת הנרות

« …parle à Aharon et dis lui: quand tu feras monter les lumières, c’est vis à vis de la face du candélabre que les sept lampes éclaireront. »

Au dela de l’aspect technique de cette mitsva, la Tora emploie un verbe surprenant pour exprimer l’action d’allumer : Béhaalotékha-quand tu feras monter.

Les maitres du Midrash, nous le verrons un peu plus loin, relèvent cette « anomalie », et nous en proposent quelques lectures.

Auparavant, voyons ce qu’en dit Rashi. Fidèle au « Pshat », au sens littéral du texte, il justifie ainsi l’utilisation du verbe Béhaalotékha…

על שם שהלהב עולה, בהדלקתן לשון עליה. שצריך להדליק עד שתהא השלהבת עולה מאליה…                     

« Du fait que la flamme monte (naturellement), l’allumage des lampes emploie un langage d’élévation, car il faut allumer jusqu’à ce que la flamme monte d’elle-même ».

Cette explication « technique » de Rashi n’est toutefois pas dénuée d’un enseignement pédagogique destiné aux parents et aux éducateurs. Maintenir l’allumage jusqu’à ce que la flamme monte d’elle-même, c’est assister l’enfant, ou l’étudiant, en lui laissant de plus en plus d’autonomie, jusqu’à ce qu’il puisse avancer seul dans la vie.

Midrash Tanhouma

« Le Saint béni soit-il a dit à Moshé : ce n’est pas parce que j’aurais besoin des lampes des hommes, que je t’ai ordonné à propos des lampes, mais c’est afin de לזכותם – les rendre méritants, ainsi qu’il est dit (Daniel b)…

ונהורא עמה שרא « la lumière demeure avec lui », et qu’il est aussi écrit (Psaumes 139/12)…

גם חשך לא יחשיך ממך ולילה כיום יאיר כחשיכה כאורה

« Même l’obscurité ne m’enveloppe pas devant toi, et la nuit sera claire (pour toi) comme le jour. L’obscurité est égale à la lumière (pour toi). »

« Afin de t’enseigner que Dieu n’a pas besoin des lumières des hommes. Sache que lorsqu’un homme bâtit une maison, il lui fait des fenêtres étroites à l’extérieur, et larges à l’intérieur, afin que la lumière entre de l’extérieur et éclaire l’intérieur.

« En construisant le Temple, Salomon ne fit pas ainsi, il fit des fenêtres étroites à l’intérieur, et larges à l’extérieur, afin que la lumière qui sorte de l’intérieur du Temple, éclaire vers l’extérieur…pour te faire savoir qu’il est tout entier lumière, et n’a aucun besoin de leur lumière, il vous l’a ordonné afin de vous rendre méritants… »

Selon ce midrash, notre « participation symbolique » à l’éclairage du monde, fait de nous des partenaires de Dieu.

Le Midrash Rabba (5) ajoute une dimension supplémentaire à partir d’un verset des psaumes (18/29)…

כי אתה תאיר נרי « car tu feras luire ma lumière »

« Israël ont dit au Saint béni soit-il : Maitre du monde, à nous tu demandes d’éclairer devant toi, alors que tu es la lumière du monde…

« Hashem leur dit : non que j’aie besoin de vous, mais éclairez pour moi comme j’ai éclairé pour vous, afin de vous élever aux yeux des nations… ».

Ce midrash nous ouvre une lecture intéressante du verset בהעלתך את הנרות .         Béhaalotékha : lorsque tu monteras. Ete : signifie aussi « avec ».

Il vient nous dire que lorsque nous allumons les lampes de la Ménora, ce n’est pas seulement la flamme que nous faisons monter. Nous nous élevons avec elle, sur le plan spirituel, et aux yeux des nations.

Reste tout de même une difficulté d’ordre linguistique. En effet, la Tora ne parle pas de « flammes », mais de « lampes ». La lampe est le support matériel qui va permettre l’apparition de la lumière.

Cette lecture fait dire au Sfat Emeth (3eme Rabbi de Gour)…

דכתיב: נר מצוה ותורה אור, כי המצות הם ממשיכין הארת התורה לתוך המעשה

ונקראים נרות שהם הכנה לקיום האור, כי המצות הם מהתורה…

« Il est écrit (Proverbes 6/23) : la mitsva est une lampe, et la Tora lumière, car les Mitsvot introduisent la lumière de la Tora dans l’acte, et s’appellent « lampes », car elles préparent la venue de la lumière, car les Mitsvot viennent de la Tora. »

« La mitsva et la Tora sont dans le même rapport que la lampe et la lumière. La Mitsva comme la lampe sont de l’ordre de la matérialité… La pratique des mitsvot transforme le corps humain en réceptacle de la volonté divine, en lampe apte à produire la lumière de la Tora…

« La Ménora avec ses lampes et ses lumières peut ainsi être comprise comme le symbole de la relation entre la mitsva et la Tora…La montée des lampes  est une allusion à l’élévation du monde matériel vers sa source lumineuse. (D. Saada. Le point intérieur).

Ce privilège qui nous est donné par Hashem, doit se mériter. A nous d’être « à la hauteur ».

Shabbat Shalom

 

 

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