parashat Behaalotkha (Herve)

Ce Shabat nous avons lu en חו”ל parashat Behaalotkha qui s’ouvre sur la prescription de la construction de la Menora. Il s’agit de l’objet le plus symbolique du Beyt Hamiqdash . Un chandelier à 7 branches qui illimuninait perpétuellement l’interface étroit entre l’autel et le voile du Saint des Saints. On apprend (Nb. 8/3) que cette Menora était en tous points, similaire à la forme que Dieu avait indiquée/montrée – כמראה אשר הראה ה’ – à Moshe. Ce chandelier porte en lui la trace mémorielle du Ciel, projetée à la vue des hommes. La Menora est donc tendue entre la terre et le ciel comme un pont vertical, un axe d’aspiration spirituelle. Il est porteur de la lumière primordiale (Gn. 1, entretenue sans discontinuité comme une limiere perpétuelle – נר תמיד (Ex. 27/20).
Le sept branches devaient éclairer pour les présents, d’une lumière conjointe et constamment entretenue.
La forme de la Menora suggère la structure naturelle la plus élaborée de la Création, c’est-à-dire l’arbre. Comme un arbre, la Menora a une base en pieds comme les racines d’une arbre (commentaire du Sifré). La Tora utilisé le mot YEREKH – ירך – pour la base, et qui signifie directement la racine de la jambe, la hanche. Comme un abre elle s’élance vers le ciel avec un tronc, un axe, duquel se detachent 7 branches, qui montent en parallèle vers le ciel. Le bout de ces branches est appelé PERAH – פרח – c’est-à-dire fleur, efflorescence, encore une référence arboricole.
Si l’on se rappelle d’un autre verset, on comprends que la Menora est structurée comme un arbre mais fait référence à la structure de l’homme lui-même, comme il est ecrit: ” כי האדם עץ השדה – car l’homme est un arbre des champs ” (Ex. 20/19). Le Talmud explique qu’il s’agit d’une interrogation, au sein d’une affirmation. L’homme est comme un arbre dans sa structure. Mais il en diffère par la capacité de mouvement. La Menora vient dire cette proximité symbolique de l’arbre et de l’homme. L’arbre donne des fruits. L’homme des enfants et des actes constructeurs ou destructeurs. Ces deux entités trouvent leur plénitude dans la lumière qui émane des branches, comme autant de bras humains. Car la Menora parle à l’individu comme à la collectivité, au Klal Israël. Elle est structurée pour nous apprendre l’union et la solidarité. La Torah dit: ” מקשה היא – miqsha hi – d’un seul tenant “. La Menora doit être faite en martelant (Rashi et Sifré) un bloc d’or incandescent. Elle ne doit pas être assemblée de morceaux disparates. En la voyant, les hébreux comprenaient qu’ils procédaient tous d’une meme matière, d’un meme mouvement, et d’une même élan vers le quel, pour donner un sens à leur expérience collective, celle de contribuer à parfaire la Création. Ainsi la Menora symbolise cette aspiration à éclairer le monde dans la justice et la paix. Elle est le contraire de la tour de Babel qui asservissait les hommes pour rivaliser avec le Ciel. La lumière – ORAH – אורה, est intimement liée à TORAH comme le dit le Proverbe 6/23: ” כי נר מצווה ותורה -אור – la bougie est le commandement et la TORAH la LUMIÈRE “. LA conquête du Ciel se fait dans la lumière qui eclaire désormais la terre des vivants pour un idéal à venir qu’on appelle messianisme.
Dans ce passage, le mot HAMENORA est dit 4 fois. Aux versets 2 et 3 le mot est écrit avec toutes ses lettres – המנורה. Au verset 4, le mot est écrit 2 fois sans le Vav – המנרה , en écriture défective. D’où l’on apprend que la force du symbole peut toujours être à son maximum d’évocation, même si le symbole perd de sa précision clinique et devient approximatif. Ce point sera développé par un rabbi hassid, L.Y de Berditchev dans la parabole du feu allumé dans la forêt (il serait trop long de l’écrire ici).
Les 2 fois où la Menora est écrite avec toutes ses lettres, sont relatives à la Menora céleste, montrée à Moshé. Les 2 autres fois, l’écriture du mot HAMENORA est défective; il s’agit de la Menora d’en bas, terrestre, copie fidèle certes, mais imparfaite par essence puisque produit du labeur de l’homme. Sur ce dernier p point s’opposent Rashi et le Midrash Tanhouma. Ce rapport entre la perfection du divin et l’imperfection de l’humain est amorcé par le verset (Lev. 19/2) “קדשים תהיו כי קדוש אני – soyez saints car Je suis Saint” où la sainteté de Dieu est pleine, en toutes lettres avec son VAV; celle des hommes toujours défective /défectueuse sans VAV.
Toutefois l’absence de ce VAV a une autre signification. Le mot VAV veut dire en hébreu ” clou – crochet “. Les VAVIM servent à assembler les éléments différents d’une structure en morceaux comme on le lit à la construction du Mishkan “…des tringles..et leurs clous d’argent – ווי כסף (Ex.27/17). La Menora devait être d’un seul tenant – מקשה אחת – et donc sans clous ni crochets – en hébreu, המנרה בלי וו – la Menora écrite sans VAV. L’exclusion du VAV vient expliquer le mot MIQSHA – מקשה – d’un seul tenant.

Aujourd’hui nous n’avons plus de Temple, et plus de Menora. Titus l’a emportée à la destruction du Temple en 70 après JC, dans son “triomphe” à Rome. Mais Maimonide nous le rappelle avec force. En l’absence des éléments réels du symbole, il faut en maintenir le souvenir vivace et vivant, continuer à en étudier les modalités. Lire les prescriptions relatives à la confection de la Menora, en raconter les etapes de sa fabrication, en étudier sa signification, permanente et infinie. L’imaginer à défaut de la voir (ou de l’avoir), c’est permettre au symbole de perdurer dans toute sa force d’évocation. Comme l’enseignait Rabbi Shimon, notre maître, parfois “le manque est plus fort que la possession”.
Shavoua tov et bonne santé à tout le monde. Hervé REHBY

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