Parashat- Lekh Lékha

Parashat- Lekh Lékha – פרשת לך-לך
Beréshit chapitres 12 à 17

 

Les parashiot Lekh-Lékha, et à sa suite Vayéra, déroulent devant nous le récit de la vie et de l’œuvre de notre patriarche Abraham.

Abraham est le « pivot » entre la création du monde, le déluge et la tour de Bavel, d’une part, et l’enchainement des générations et des événements qui ont conduit à la descente en Égypte, et à la sortie triomphante de ce pays.

Il est à l’origine de la diffusion de la croyance en un Dieu unique, découvert « par ses propres moyens ».

Père des croyants, Abraham était aussi père du Hessed, la bonté, l’ouverture à l’autre, l’hospitalité.

Comment se conjuguent chez notre patriarche croyance et morale, et surtout, quelle influence ces deux dimensions ont-elles sur notre vie ?

La croyance

Si l’on essaie de cerner la personnalité d’Abraham, la première image qui nous vient à l’esprit est celle, véhiculée par les Midrashim, du jeune homme, détruisant les idoles de son père, et commençant à diffuser l’idée monothéiste dans une société entièrement adonnée à l’idolâtrie.

Celle d’Abraham, essayant de bousculer des croyances erronées, instituées en « spirituellement correct ».

Ce processus est décrit par le Rambam-Maimonide dans le premier chapitre des Lois sur l’idolâtrie (Mishnei-Tora).

Enosh, petit-fils d’Adam avait « commencé à invoquer le nom de l’Eternel ». Mais cette croyance fut dévoyée…

« Voici en quoi consistait leur erreur : puisque Dieu a créé les étoiles et les planètes pour guider le monde, et les a placées dans les hauteurs, et qu’il les a honorées, comme un roi honore  ceux qui le servent, il convient que nous les honorions, selon la volonté du créateur…ils commencèrent à leur construire des sanctuaires…bien qu’ils ne niaient pas l’existence de Dieu… »

« Plus tard, se sont trouvés de faux prophètes qui ont prétendu que Dieu aurait ordonné de servir telle étoile… »

En quelque sorte, les hommes étant incapables de concevoir, et de servir un Dieu abstrait et lointain, se seraient vus suggérer par ce même Dieu, de se tourner vers des objets de vénération, plus concrets, qui finirent par s’imposer comme divinités.

Cette dégradation se poursuivit jusqu’à Abraham, qui observant l’alternance et la régularité du soleil et de la lune, se dit qu’il n’est pas possible qu’il n’y ait pas un « dirigeant » qui fasse fonctionner tout cela.

Abraham approfondit sa réflexion, jusqu’à parvenir à la certitude de l’existence de Dieu. Et ceci au sein d’une cité, et d’une famille dominées par l’idolâtrie.

Il alla jusqu’à briser les idoles de son père, et à entamer avec les habitants de la ville, des joutes oratoires, pour leur démontrer leur erreur, et les amener à servir exclusivement l’Éternel créateur du monde.

D’un autre coté, Abraham est connu comme l’ancêtre du Hessed. Le prophète Mikha dit à son propos…

תתן חסד לאברהם

« Tu donnes la bonté à Abraham ».

Cette dimension s’exprime tout au long de la vie d’Abraham, au point de le caractériser.

C’est ainsi qu’Abraham a prié pour le salut de ses « adversaires idéologiques », les habitants de Sodome et Gomorrhe.

De même, sa tente était ouverte aux quatre vents, et il y accueillait tout voyageur de passage. Et la Tora nous enseigne que même souffrant, malgré la chaleur, il restait là pour recevoir et assister tout passant.

De ce point de vue on peut estimer que l’action d’Abraham pour diffuser le monothéisme, n’est pas motivée par un quelconque esprit missionnaire, mais qu’elle découlait de son amour des humains, et sa sensibilité à la souffrance de l’autre.

Ces deux caractéristiques parallèles d’Abraham, l’homme de la croyance (Emouna), et l’homme du Hessed, de l’altruisme, sont-elles condamnées à ne jamais se rencontrer, ou feront elles mentir la géométrie ? Existe-t-il un lien entre ces deux personnages ?  Si oui, quel est-il ?

L’homme de la croyance devient l’homme du Hessed

A l’issue de sa réflexion et sa recherche, Abraham n’a pas seulement découvert qui a créé le monde. Dans la foulée, il a découvert un Dieu aimant et miséricordieux, qui s’est révélé à lui sous l’angle proclamé par Moshe…

ה” ה” א-ל רחום וחנון, ארך אפים, ורב חסד

« Eternel, Eternel, Dieu clément et miséricordieux, long à la colère, plein de grâce… » (Shémot 34/6)

Comme conséquence de cette révélation, Abraham a adopté et pris à son compte ces valeurs comportementales…

הוא רחום וחנון, אף אתה רחום וחנון

« De même qu’il est clément et miséricordieux, sois aussi clément et miséricordieux ». (Sofrim 3/17)

En fait, le personnage d’Abraham philosophe, homme de la croyance, correspond à la description qu’en font les Hakhamim, dans la première partie de sa vie, au temps de sa jeunesse. Alors que l’aspect Midat Hessed de sa personnalité, s’exprime plus tard.

La sensibilité morale comme caractéristique d’Israël

De nombreux textes insistent sur le caractère inné de cette valeur de Hessed, dans la personnalité d’Abraham, et de sa descendance.

Le Rambam, dans les Lois de la Téshouva, voit dans la sensibilité et l’humanisme, des qualités basiques des enfants d’Israël…

אסור לאדם להיות אכזרי ולא יתםפייס אלא יהא נוח לרצות וקשה לכעוס ובשעה שיבקש ממנו החוטא למחול מוחל בלב שלם ובנפש חפיצה…וזהוא דרכם של זרע ישראל ולבם הנכון…

« Il est interdit à l’homme d’être cruel et de ne pas se réconcilier, il doit être conciliant, et long à se mettre en colère, et au moment ou celui qui l’a offensé lui demande pardon, il doit pardonner de bon cœur…et ceci est le comportement de la semence d’Israël et de leur bon cœur… »

Et dans les Lois de la Tsédaka (הלכות מתנות עניים, le Rambam insiste sur la centralité de cette mitsva, caractéristique de la descendance d’Abraham…

חייבין אנו להזהר במצות צדקה יותר מכל מצות עשה, שהצדקה סימן לצדיק זרע אברהם אבינו שנאמר: כי ידעתיו למען אשר יצוה את בניו לעשות צדקה ומשפט

« Nous avons l’obligation d’être attentifs à la Mitsva de Tsédaka plus qu’à toute autre, car la Tsédaka est le signe du juste, descendant d’Abraham notre père, comme il est dit (Beréshit 18/19) : …car je le connais, pour qu’il prescrive à ses fils…d’observer les lois de l’Eternel, en pratiquant la charité et la justice ».

Le Rambam revient, dans les Lois sur les esclaves-serviteurs (הלכות עבדים) sur ces qualités de bonté, communes à Israël et…à Hashem, qualités qui nous différencient des nations…

…אבל זרעו של אברהם אבינו והם ישראל שהשפיע להם הקב”ה טובת התורה וציוה אותם בחוקים ומשפטים צדיקים רחמנים הם על הכל, וכן במדותיו של הקב”ה שצונו להדמות בהם…

« …Mais les descendants d’Abraham, que sont Israël, qu’Hashem a influencés par la bonté qui est dans la Tora, et leur a ordonné des commandements et des lois justes et compatissantes, eux sont au-dessus de tout, il s’agit des Midot (valeurs, comportements) d’Hashem, qui nous a ordonné d’y prendre exemple… »

Le Rambam fait un pas de plus, dans les הלכות איסורי ביאה, et va jusqu’à affirmer que toute personne –juive évidemment- qui se comporterait avec cruauté, et insensibilité, ne fait pas partie de la descendance d’Abraham.

Cette dernière affirmation est cependant battue en brèche par la fameuse expression talmudique…

ישראל אף על פי שחטא ישראל הוא

“Israël (un juif), bien qu’il ait fauté, reste Israël”. (Sanhedrin 44/a)

On aura compris qu’il ne s’agit pas là, de remettre en cause la judéité des « pécheurs », mais de mettre en évidence les valeurs de Hessed dont est imprégnée la conscience juive.

Dans Hayé Sara, prêtons attention à la manière dont Eliézer, serviteur d’Abraham, va s’y prendre pour identifier la jeune fille la plus apte à épouser Yitshak.

Conscient de l’importance et de la difficulté de ce choix pour l’avenir de la dynastie de son maitre, il va solliciter l’aide divine…

…הנה אנכי נצב על עין המים ובנות אנשי העיר יוצאות לשאוב מים.

והיה הנערה אשר אמר אליה הטי נא כדך ואשתה, ואמרה שתה וגם גמליך אשקה, אותה הוכחת לעבדך ליצחק ובה אדע כי עשית חסד עם אדני

« …Voici, je me trouve au bord de la fontaine, et les filles des habitants de la ville sortent pour puiser de l’eau.

Eh bien ! La jeune fille à qui je dirai « veuille pencher la cruche, que je boive », et qui répondra « bois, puis je ferai boire aussi tes chameaux », c’est elle que tu auras destinée à ton serviteur Yitshak, et je saurai par elle, que tu as agi avec grâce (Hessed) envers mon maitre » (Beréshit 24/13-14)

Ce type de « jugement de Dieu » n’est pas très apprécié des Sages, qui s’accordent cependant pour dire que l’objectif d’Eliézer, qui était de trouver la jeune fille partageant les valeurs d’Abraham, de sensibilité humaine, de bonté et de pitié, justifie cette approche.

On remarquera que le test d’Eliezer, privilégie la « jeune fille de Hessed », plutôt que « la jeune fille croyante ».

Parmi les «croyants » de cette époque, Abraham avinou se distingue particulièrement par sa sensibilité morale.

Son rejet de l’idolâtrie n’était pas seulement le résultat de ses réflexions philosophiques. Il découlait de sa compréhension de la réalité de l’idolâtrie, fondée sur l’injustice, et dont les divinités se jalousaient et se combattaient. L’homme de Hessed qu’il était ne pouvait supporter de vivre dans un environnement, ou le mauvais exemple était donné par « les dieux ».

Abraham a trouvé sa croyance dans la réalité contrastée de la vie. Ce faisant, à travers sa découverte d’ Hashem, il a trouve la source de l’équité et de la moralité.

C’est précisément à l’homme de Hessed, que Dieu a choisi de se révéler, et de le faire entrer dans son alliance. Abraham a été choisi, pour montrer à ses descendants la voie qui mène à l’équité et a la miséricorde, qui constituent une part significative du service divin.

כי ידעתיו למען אשר יצוה את בניו ואת ביתו אחריו

ושמרו דרך ה” לעשות צדקה ומשפט

“…car je le connais, pour qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui

d’observer la voie de l’Eternel, en pratiquant la charité et la justice ». (Beréshit 18/19)

Shabbat Shalom

Pour la réfoua sheléma de Makhlouf Eliahou Nissim ben Aicha
Et tous les malades du peuple d’Israël

Ce cours est largement inspiré d’un texte du Rav Yair Kahan, Yéshivat Hat Etsion
Traduit, travaillé par mes soins.

Les versets de la Tora sont traduits selon
La voix de la Tora (E. Munk)
Les textes du Midrash, ou du Talmud sont traduits par mes soins
en traduction libre.

Dvar Charles et Herve