Parashat Vayéra

Parashat Vayéra – פרשת וירא

Beréshit chapitres 18 à 22

 

Avec ses cinq chapitres, Vayéra est une parasha relativement longue. Elle est surtout riche par les sujets qui y sont évoqués.

Le chapitre 18 est consacré à la visite des trois Mal’akhim, venus annoncer à Abraham la naissance prochaine d’Yitshak, et la destruction de Sodome et Gomorrhe. Abraham tente d’empêcher ce décret de s’accomplir, au cours d’un dialogue dramatique avec Dieu.

Mais il n’y a même pas dix justes à Sodome, ce qui met fin à la discussion.

Le chapitre 19 verra comment les Mal’akhim sauveront Loth, le neveu d’Abraham, sa femme (qui sera transformée en statue de sel) et ses deux filles, juste avant la destruction de Sodome par le soufre et le feu. La Tora évoque également dans ce chapitre, la relation incestueuse des filles de Loth avec leur père, d’où naitront Moav et Amon.

Nous revenons à Abraham, dans le chapitre 20. Abraham voyage vers le sud et s’installe à Grar. Il présente Sarah comme sa sœur, qui est aussitôt enlevée par Avimélekh, le roi local. Il se dépêche de la restituer à son époux après que Dieu lui ait révélé la méprise. Avimélekh offre à Abraham des troupeaux et de l’argent, et le renvoie …….

Hashem s’est souvenu de Sarah, qui met au monde un garçon, et Abraham le nomme –comme prévu- Yitshak. La suite du chapitre 21 est consacrée au renvoi, à la demande de Sarah, d’Agar et de son fils Yishmaël ; l’alliance établie entre Abraham et Avimélekh a Béer-Shava, complètera ce chapitre.

Apres tous ces événements, Hashem décide de mettre à l’epreuve Abraham. Le chapitre 22 nous raconte la Akédat Yitshak, la ligature d’Yitshak, et s’achève sur la naissance, dans la famille « restée au pays », de Rivka.

Sodome

A priori, l’arrivée des deux Mal’akhim à Sodome a deux objectifs : sauver Lot et les siens, et détruire la ville. C’est ce que Rashi explique…

ולפיכך “ויבואו שני המלאכים סדומה” להשחית. אחד להשחית את סדום ואחד להציל את לוט…

“et c’est pour cela (qu’il est ecrit) « et les deux Mal’akhim arriverent a Sodome » pour detruire. Un pour detruire Sodome, un pour sauver Loth. »

Cependant, il est une mission préliminaire qu’ils devaient remplir.

Le récit concernant Sodome commence ainsi…

ויאמר ה” זעקת סדם ועמרה כי-רבה וחטאתם כי כבדה מאד

« L’Eternel dit : la complainte de Sodome et Amora est grande ; leur perversité est excessive… » (18/20)

ארדה-נא ואראה הכצעקתה הבאה אלי עשו כלה ואם-לא אדעה

« Je veux y descendre et je verrai; si selon sa plainte qui est venue à moi, ils ont agi, c’est l’extermination, et sinon, je saurai. » (19/21)

Cette « descente » d’Hashem fait allusion un besoin d’observer, de vérifier ; en quelque sorte, Hashem descendrait à Sodome pour examiner la situation de près.

A cette « descente » d’Hashem, les sages ont déjà proposé une interprétation.

Dieu est déjà « descendu pour voir la ville et la tour…», dans l’épisode de la tour de Bavel. Rashi rapporte le Midrash…

לא הוצרך לכך, אלא בא ללמד לדינים שלא ירשיעו הנדון עד שיראו ויבינו

« Il n’avait pas besoin de celà, mais il vient enseigner aux juges de ne condamner l’accuser qu’après avoir vu et compris ». (Parashat Noah 11/5)

Sous quelle forme et quand cette « descente pour voir » s’est-elle produite a propos de Sodome ?

Selon le rav Grossman, le chapitre 19 (arrivée des Mal’akhim à Sodome, sauvetage de Loth, destruction de la ville), doit être lu comme la continuation du précèdent (Dieu annonce la destruction à Abraham, qui tente de l’empêcher, au cours d’un dialogue qui s’arrête à l’évocation des 10 justes ).

En d’autres termes, l’envoi des Mal’akhim à Sodome vise avant tout à vérifier la situation sur le terrain : s’il s’y dix justes, la ville sera sauvée, et à défaut, elle sera détruite.

C’est la mission de la dernière chance. Combien de Tsadikim les envoyés trouveront-ils ? est-ce que ce sera suffisant pour sauver la ville ?

Si l’on compare les visites des Mal’akhim à Abraham d’une part, et à Loth de l’autre, on remarquera qu’ils acceptent volontiers l’hospitalité du premier, alors qu’à Loth, il répondent…

לא כי ברחוב נלין « non, car nous coucherons dans la rue ». (19/2)

Ils veulent coucher sur la voie publique, et observer les mœurs des habitants. Ils finissent néanmoins par céder à l’invitation pressante de Loth, alors qu’ils avaient spontanément accepte l’hospitalité d’Abraham.

Mais les habitants de Sodome se chargèrent eux-mêmes d’informer les Mal’akhim sur leurs mœurs et leur culture dévoyées…

אנשי העיר, אנשי סדום נסבו על-הבית מנער ועד-זקן כל-העם מקצה

« …les gens de la ville, les gens de Sodome, s’atroupèrent autour de la maison, jeunes et vieux, le peuple entier, de tous les coins de la ville ». (19/4)

La formulation de cet attroupement (les gens, les jeunes, les vieux…) semble exclure toute possibilité de trouver les justes susceptibles de sauver la ville.

Les personnes qui se sont inquiétées du sort des visiteurs et les ont abrités sous leur toit, sont les seuls justes de Sodome. Leur petit nombre ne suffit évidemment pas à sauver la ville. Néanmoins, eux seront sauvés.

C’est cela qui est surprenant, à la lumière du « débat » entre Hashem et Abraham, dans le chapitre 18.

Abraham demandait que la ville fût sauvée par le mérite d’une minorité, principe approuvé par Hashem. Mais au terme du débat, n’ayant même pas trouvé dix Tsadikim à Sodome, le sort de la ville -et de tous ses habitants- était désormais scellé. Pourquoi dès-lors les Mal’akhim sauvèrent-ils Lot, en dépit de ce constat accablant ?

Il semble qu’il y ait à ce sauvetage deux raisons qui se rejoignent.

Il est écrit après le sauvetage de Lot…

…ויזכר אלהים את-אברהם וישלח את-לוט מתוך ההפכה בהפוך את הערים אשר-ישב בהן לוט

“…Dieu s’était souvenu d’Abraham, il avait fait échapper Loth du milieu de la destruction, tandis qu’il bouleversait la contrée ou avait demeuré Loth ». (19/29)

Bien que Loth ne fût pas le fils biologique d’Abraham, il fut élevé par lui, et à ce titre, à l’instar d’Yismaël, il bénéficiait du mérite d’Abraham.

De plus, on peut observer dans son attitude, des traces de la tradition d’Abraham : il est assis à la porte, il offre l’hospitalité à des passants inconnus, il tente de les protéger contre la populace, etc…

Si l’on se prêtait à un exercice de comparaison entre la façon dont Abraham, et Lot, accueillent, abritent, et nourrissent leurs invités, le second serait loin de démériter, surtout si l’on prend en compte l’environnement délétère de Sodome.

Tant que nous sommes dans les comparaisons, comparons les conséquences des deux récits.

Au moment de quitter Abraham, les Mal’akhim lui annoncent la prochaine naissance d’Yitshak. Cela ressemble à une récompense pour la qualité de son accueil. Cela évoque le récit de la Haftara, ou la Shounamit se voit annoncer par Elisha la naissance d’un fils, à la suite de l’hospitalité qu’elle lui avait offerte.

D’une certaine façon, Abraham et Sarah ont eu un fils, non seulement au titre de la promesse divine, mais également en récompense de leur hospitalité.

On peut faire la même lecture à propos du sauvetage de Loth. Celui-ci a abrité et accueilli des étrangers dont il ignorait tout, dans sa maison. En les protégeant de la foule qui voulait « les connaitre », il a mis en danger ses filles et toute sa maisonnée. La pitié dont il a fait preuve lui a valu la pitié divine. Les étrangers qui n’étaient autres que les messagers de Dieu, l’ont récompensé en lui épargnant le sort réservé à toute la ville.

Loth a été sauvé tout d’abord grâce au mérite d’Abraham, puis grâce à son mérite propre.

Il en est de même pour chacun de nous. Le fait que nous bénéficions du Zekhout-Avot, du mérite de nos ancêtres, de nos patriarches, de nos aïeuls, grands-parents et parents, ne nous dispense pas de la nécessité d’acquérir nos propres mérites par un comportement qui s’inspire d’eux, précisément.

Shabbat Shalom

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